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Comment accueillir les parents sans toujours acquiescer ?

leadership pédagogique qualité éducative

Accueillir un enfant, c’est aussi accueillir sa famille.

Cette phrase, on l’entend souvent en petite enfance. Et avec raison.

Créer une relation de confiance avec les parents, écouter leurs préoccupations, reconnaître leur connaissance de leur enfant, leur faire une place dans la vie de la structure… tout cela fait partie intégrante d’un accueil de qualité.

Mais que se passe-t-il lorsque le parent n’est pas d’accord avec une décision que nous avons prise ?

Lorsqu’il trouve qu’une activité est trop difficile pour son enfant ? Qu’une organisation ne lui convient pas ? Qu’il préférerait que son enfant ne fasse pas ceci ou fasse plutôt cela ?

C’est là que la notion d’accueil devient beaucoup plus intéressante.

Parce qu’écouter et accueillir les préoccupations d’un parent ne signifie pas nécessairement répondre favorablement à sa demande.

Et savoir faire cette distinction fait, selon moi, pleinement partie du leadership pédagogique.

Écouter n’est pas la même chose qu’être d’accord

Lorsqu’un parent exprime une inquiétude, notre premier réflexe devrait être de l’écouter.

Pas de nous justifier immédiatement.

Pas de chercher à lui démontrer qu’il a tort.

Mais pas non plus de revenir automatiquement notre décision.

Écouter, c’est d’abord chercher à comprendre.

Qu’est-ce qui inquiète réellement ce parent ?

Est-ce la sécurité de son enfant ? Sa fatigue ? Une expérience qu’il a vécue auparavant ? Une information que nous n'avons pas ? Une valeur familiale ? Une habitude ? Une représentation différente de ce dont son enfant est capable ?

Derrière une même phrase peuvent se cacher des réalités complètement différentes.

Et tant qu’on ne les a pas comprises, il est difficile de savoir comment répondre.

Parents et professionnels ne regardent pas toujours l’enfant avec les mêmes lunettes

C’est normal.

Un parent connaît son enfant d’une manière extrêmement intime. Il connaît son histoire, ses habitudes, ses réactions, ses peurs, ce qui fonctionne à la maison.

Le professionnel, lui, possède un autre regard.

Il observe l’enfant dans un groupe, dans différentes situations, au contact de ses pairs. Il s’appuie aussi sur ses connaissances du développement de l’enfant et sur son expérience professionnelle.

Ces deux regards sont précieux.

Mais ils ne conduisent pas toujours aux mêmes conclusions.

Un parent peut penser :

« Il est trop petit pour faire ça. »

Alors qu’une éducatrice peut observer quotidiennement que l’enfant commence justement à développer cette compétence.

Et parfois, c’est l’inverse : un parent nous apporte une information qui nous permet de comprendre quelque chose que nous n’avions pas observé.

Le partenariat avec les familles ne consiste donc pas à déterminer qui connaît le mieux l’enfant.

Il consiste à croiser ces regards.

Mais attention aux croyances éducatives

Il existe aussi un autre élément dont on parle moins : nos croyances.

Nous en avons tous.

Parents, éducatrices, responsables pédagogiques, directions.

Il est trop petit pour marcher aussi longtemps.

Il ne sait pas découper.

Il va renverser son verre.

Il ne peut pas ranger seul.

Il faut l’aider.

Il n’est pas encore capable.

Ces phrases peuvent parfois être parfaitement justifiées.

Mais elles peuvent aussi être des représentations d’adultes sur ce qu’un enfant « devrait » ou « ne devrait pas » être capable de faire à un certain âge.

Et le problème, c’est que nos croyances éducatives finissent par influencer les expériences que nous permettons aux enfants de vivre.

Si je pense qu’un enfant est trop petit pour découper, je découpe à sa place.

S’il ne manipule jamais les ciseaux, il ne développe pas cette compétence.

Si je pense qu’il va renverser son eau, je le sers systématiquement.

S’il n’a jamais l’occasion d’essayer, il n’apprend pas progressivement à se servir seul.

Cela ne signifie évidemment pas qu’il faut mettre les enfants en difficulté pour leur « apprendre la vie ».

Notre rôle consiste à proposer des expériences adaptées à leur développement, à sécuriser l’environnement, à offrir le soutien nécessaire et à ajuster nos attentes.

Mais il y a une différence importante entre adapter une expérience pour permettre à l’enfant de réussir progressivement et éviter l’expérience parce que nous pensons qu’il n’en est pas capable.

Alors, comment trancher lorsqu’un parent n’est pas d’accord ?

C’est ici que la responsabilité professionnelle de la direction entre en jeu.

Parce qu’une structure éducative ne peut pas fonctionner uniquement en fonction des préférences individuelles de chaque adulte.

Elle a besoin de repères.

Face à une demande, une inquiétude ou un désaccord, je trouve utile de revenir à quelques questions simples.

1. Qu’est-ce que le parent essaie réellement de me dire ?

Avant de décider, j’écoute.

Je pose des questions.

Je cherche à comprendre ce qui se trouve derrière la demande.

Parce qu’une objection peut parfois révéler un besoin réel auquel nous devons répondre.

2. Y a-t-il un besoin particulier à prendre en compte ?

Tous les enfants n’ont pas les mêmes capacités, le même rythme ou les mêmes besoins.

Une décision adaptée à la majorité du groupe peut nécessiter un ajustement pour un enfant en particulier.

Maintenir une décision collective ne signifie pas refuser les adaptations individuelles nécessaires.

3. Est-ce sécuritaire et adapté au développement de l’enfant ?

C’est une question fondamentale.

Pas :

« Est-ce que cela inquiète quelqu’un ? »

Mais :

« Est-ce que ce que nous demandons est raisonnable, sécuritaire et adapté à l’âge et aux capacités des enfants concernés ? »

4. Qu’est-ce que l’enfant développe grâce à cette expérience ?

Autonomie ?

Motricité ?

Confiance en lui ?

Persévérance ?

Capacité à résoudre un problème ?

Responsabilité ?

Compétences sociales ?

Cette question nous oblige à revenir à notre intention éducative.

5. Sur quoi repose notre décision ?

Sur des observations ?

Sur nos connaissances du développement de l’enfant ?

Sur notre projet éducatif ?

Sur une intention pédagogique claire ?

Ou simplement sur :

« On a toujours fait comme ça. »

« Les parents préfèrent. »

« C’est plus facile pour l’équipe. »

« Je pense que… »

Une direction doit être capable de faire cette distinction.

Une bonne décision n’a pas forcément besoin de faire l’unanimité

C’est probablement l’une des parties les plus difficiles du rôle de direction.

Nous voulons naturellement que les familles soient satisfaites.

Nous voulons éviter les conflits.

Nous voulons préserver une bonne relation.

Mais rechercher systématiquement le consensus peut parfois nous amener à prendre des décisions qui ne sont plus guidées par notre projet éducatif.

Écouter un parent ne signifie pas lui déléguer notre responsabilité professionnelle.

Il peut arriver qu’après avoir écouté, vérifié, réfléchi et évalué la situation, nous décidions de maintenir notre décision.

Et ce n’est pas un échec du partenariat.

Le partenariat ne signifie pas que nous serons toujours d’accord.

Il signifie que nous pouvons traverser un désaccord dans une relation respectueuse.

Nous pouvons dire :

« J’entends votre inquiétude. »

« Voici ce que nous avons pris en considération. »

« Voici pourquoi nous avons fait ce choix. »

« Voici comment nous allons accompagner votre enfant. »

« Et nous continuerons à observer et à ajuster si nécessaire. »

Parfois, ce n’est même pas la décision qui dérange

Il y a aussi quelque chose d’important à garder en tête.

Parfois, ce n’est même pas la décision ou le changement en lui-même qui dérange les parents.

C’est le fait de ne pas avoir été prévenus.

De découvrir une nouvelle organisation une fois qu’elle est déjà en place.

De ne pas avoir compris pourquoi elle change.

Ou simplement d’avoir eu l’impression que la décision leur est tombée dessus.

Et ça, c’est encore une autre question.

Parce qu’une décision peut être pertinente… et malgré tout provoquer de fortes réactions simplement parce que le changement n’a pas été suffisamment communiqué.

J’y reviendrai. 😉

Accueillir, c’est aussi savoir tenir sa place

Accueillir une famille ne signifie donc ni imposer notre vision, ni répondre favorablement à toutes les demandes.

C’est créer un espace dans lequel le parent peut parler et être entendu.

C’est reconnaître qu’il possède une connaissance précieuse de son enfant.

C’est accepter de remettre nos propres pratiques en question lorsqu’une préoccupation est justifiée.

Mais c’est aussi être capable de revenir à nos repères professionnels et d’assumer une décision lorsqu’elle est cohérente avec les besoins de l’enfant et notre projet éducatif.

Accueillir ne veut pas dire acquiescer.

Parfois, accueillir signifie écouter.

Parfois, adapter.

Parfois, reconnaître que nous aurions pu faire autrement.

Et parfois, après avoir réellement écouté, cela signifie simplement expliquer avec respect :

« Nous avons entendu votre préoccupation. Et voici pourquoi nous maintenons notre décision. »

Parce qu’au bout du compte, la question n’est pas seulement :

« Qu’est-ce que le parent souhaite ? »

Ni même :

« Qu’est-ce que le professionnel préfère ? »

La question qui devrait continuer à guider nos décisions est :

« Qu’est-ce qui va permettre à cet enfant de se sentir accueilli, en sécurité… et de continuer à développer ses compétences ? »