Pratique réflexive : la compétence qui fait vraiment progresser une éducatrice
Tu connais sûrement ces journées où tu rentres chez toi avec une situation encore dans la tête.
Une intervention qui n’a pas donné ce que tu pensais.
Un enfant qui a réagi d’une façon inattendue.
Une activité qui a fonctionné beaucoup mieux que prévu.
Ou simplement cette petite impression :
« Il y a quelque chose que j’aurais pu faire autrement. »
C’est souvent là que commence la pratique réflexive.
Et il existe un outil tout simple pour éviter que ces réflexions restent seulement dans ta tête :
le journal professionnel.
Pas un gros dossier d’évaluation.
Pas trois pages à rédiger chaque soir.
Et certainement pas un nouveau document administratif à remplir. 😅
Un simple espace où tu peux noter ce que tu observes, les questions que ça soulève et ce que tu aimerais essayer ensuite.
Parce que réfléchir sur sa pratique, ce n’est pas seulement penser à sa journée.
C’est apprendre à utiliser ce que tu vis sur le terrain pour faire évoluer ta façon d’intervenir.
Et à mon avis, c’est l’une des compétences qui font vraiment progresser une éducatrice.
Réfléchir sur sa pratique, ce n’est pas se critiquer
Commençons par là.
La pratique réflexive ne consiste pas à chercher toutes les choses que tu aurais pu mieux faire.
Ce n’est pas terminer ta journée avec :
« J’aurais dû intervenir plus tôt. »
« Je n’aurais pas dû dire ça. »
« Une meilleure éducatrice aurait certainement fait autrement. »
Ça, c’est plutôt de l’autocritique.
La réflexion professionnelle est beaucoup plus constructive.
Elle consiste à regarder une situation avec curiosité et à te demander :
Qu’est-ce qui s’est réellement passé ?
Qu’est-ce que j’en comprends maintenant ?
Et qu’est-ce que je pourrais essayer la prochaine fois ?
Tu ne cherches pas à déterminer si tu as été « bonne » ou « mauvaise ».
Tu cherches à apprendre de ce qui s’est passé.
Pourquoi tenir un journal professionnel ?
Parce qu’on oublie énormément de choses.
Une journée en petite enfance peut contenir tellement de situations, de conversations, d’observations et d’imprévus qu’une réflexion intéressante peut disparaître quelques heures plus tard.
Ton journal professionnel te permet de garder une trace.
Avec le temps, tu peux commencer à voir :
- des situations qui reviennent souvent ;
- des interventions qui fonctionnent particulièrement bien ;
- certaines difficultés qui te demandent davantage d’énergie ;
- des questions pédagogiques que tu veux approfondir ;
- des compétences que tu développes ;
- et surtout, l’évolution de ta propre pratique.
Tu peux alors regarder quelques mois en arrière et réaliser :
« Ah oui… avant, j’intervenais toujours comme ça. Maintenant, je fais complètement autrement. »
Et ça, c’est aussi une façon très concrète de voir ton développement professionnel.
Ton journal professionnel peut tenir en trois phrases
Je veux vraiment garder ça simple.
Tu n’as pas besoin d’écrire un roman chaque soir.
Après une situation qui t’a interpellée, tu peux simplement compléter :
Aujourd’hui, j’ai observé…
Je me demande si…
La prochaine fois, je vais essayer…
Trois phrases.
Par exemple :
Aujourd’hui, j’ai observé…
que plusieurs enfants venaient constamment me demander de l’aide pour utiliser le matériel.
Je me demande si…
je leur laisse suffisamment de temps pour chercher par eux-mêmes avant d’intervenir.
La prochaine fois, je vais essayer…
d’attendre quelques secondes de plus et de poser une question plutôt que de leur montrer immédiatement quoi faire.
Voilà.
Tu viens de faire de la pratique réflexive.
Étape 1 : pars de ce que tu as réellement observé
C’est probablement l’une des habitudes les plus utiles à développer.
Essaie d’abord de séparer les faits de ton interprétation.
Par exemple :
« Les enfants n’ont pas aimé mon activité. »
C’est une interprétation.
Alors que :
« Trois enfants ont quitté la table après quelques minutes et deux ont commencé à utiliser le matériel autrement que je l’avais prévu. »
Ça, c’est une observation.
Et elle ouvre beaucoup plus de possibilités de réflexion.
Peut-être que l’activité ne correspondait pas à leurs intérêts.
Peut-être qu’elle était trop dirigée.
Peut-être qu’ils avaient trouvé une utilisation du matériel beaucoup plus intéressante que celle que tu avais imaginée.
Peut-être aussi que le problème n’était pas l’activité du tout.
Plus tu pars de faits concrets, moins tu risques de tirer des conclusions trop rapidement.
Étape 2 : pose-toi des questions
Ensuite, essaie de comprendre.
Pas forcément de trouver LA bonne réponse.
Simplement d’explorer quelques hypothèses.
Tu peux te demander :
Pourquoi cette situation s’est-elle peut-être déroulée comme ça ?
Qu’est-ce que l’enfant essayait de faire ?
Qu’est-ce que j’ai peut-être manqué dans mon observation ?
Est-ce que je suis intervenue trop rapidement ?
Est-ce que j’ai trop dirigé ?
Est-ce que mes attentes étaient réalistes ?
Est-ce que l’environnement facilitait réellement ce que j’attendais des enfants ?
Qu’aurais-je pu faire différemment ?
Et parfois, tu vas réaliser quelque chose d’intéressant.
Le problème que tu pensais être celui de l’enfant…
était peut-être lié à ton intervention.
Ou à l’organisation de l’espace.
Ou au moment de la journée.
Ou simplement au fait que ce que tu avais prévu ne correspondait pas vraiment à ce qui intéressait ton groupe.
Et ce n’est pas grave.
Au contraire.
Tu viens d’apprendre quelque chose.
Étape 3 : choisis un petit ajustement
C’est là que la réflexion devient vraiment utile.
Parce que réfléchir pendant vingt minutes pour ensuite faire exactement la même chose demain…
ça ne change pas grand-chose. 😉
Demande-toi :
Qu’est-ce que je veux essayer maintenant ?
Pas dix changements.
Un.
Par exemple :
« Demain, je vais observer davantage avant d’intervenir. »
« Je vais proposer moins de matériel pour voir si les enfants restent plus longtemps engagés. »
« Je vais déplacer ce coin de jeu. »
« Je vais poser davantage de questions ouvertes. »
« Je vais laisser les enfants essayer leur propre solution avant d’en proposer une. »
Puis tu retournes sur le terrain.
Tu testes.
Tu observes.
Et tu notes éventuellement ce qui s’est passé.
C’est comme ça que ta pratique évolue.
N’écris pas seulement quand quelque chose ne fonctionne pas
Ça aussi, c’est important.
Notre cerveau adore repérer les problèmes.
Alors notre journal professionnel peut facilement devenir :
problème… problème… problème… autre problème. 😅
Mais une pratique réflexive consiste aussi à comprendre ce qui fonctionne bien.
Quand tu vis un beau moment avec ton groupe, demande-toi :
Pourquoi ça a si bien fonctionné ?
Qu’avais-tu mis en place ?
Qu’est-ce que tu avais observé auparavant ?
Quelle était ta posture ?
Qu’est-ce qui a aidé les enfants à rester engagés ?
Qu’as-tu fait différemment ?
Parce que si tu comprends ce qui fonctionne, tu peux ensuite le reproduire ou t’en inspirer dans d’autres situations.
Ton journal devient alors aussi une trace de tes réussites professionnelles.
Reviens parfois sur tes anciennes notes
C’est probablement la partie la plus intéressante du journal professionnel.
Une fois par mois, par trimestre ou simplement lorsque tu en ressens le besoin, relis quelques anciennes réflexions.
Pose-toi alors de nouvelles questions :
Est-ce que cette situation revient encore ?
Qu’est-ce qui a changé depuis ?
Quelle stratégie ai-je finalement gardée ?
Dans quel domaine est-ce que je me sens maintenant plus compétente ?
Quelles questions reviennent souvent dans mes notes ?
Tu pourrais découvrir un fil conducteur.
Peut-être que tu réfléchis souvent à l’autonomie.
Aux comportements difficiles.
À ta façon de soutenir le jeu.
À la communication avec les familles.
À ton environnement.
Et ça peut aussi t’aider à identifier ton prochain objectif de développement professionnel.
La réflexion professionnelle peut aussi se faire avec les autres
Ton journal est personnel, mais tu n’as pas besoin de réfléchir seule à tout.
Une collègue ou une responsable pédagogique peut parfois t’aider à voir une situation sous un autre angle.
Tu peux arriver avec quelque chose de très simple :
« Voilà ce que j’ai observé. Je ne suis pas certaine de ce que j’en comprends. Toi, qu’est-ce que tu vois ? »
Et idéalement, la personne ne te donne pas immédiatement une réponse toute faite.
Elle t’aide à réfléchir.
Avec des questions comme :
« Qu’est-ce que tu avais observé avant ? »
« Qu’est-ce que tu crois que l’enfant essayait de communiquer ? »
« Qu’est-ce que tu aimerais essayer maintenant ? »
Parfois, ce n’est pas la solution d’une autre personne dont tu as besoin.
C’est d’un regard extérieur qui t’aide à aller un peu plus loin dans ta propre réflexion.
L’expérience ne remplace pas la réflexion
On peut avoir énormément d’expérience…
et fonctionner principalement par habitude.
« J’ai toujours fait comme ça. »
« Avec les enfants, ça fonctionne comme ça. »
« Je connais mon groupe. »
Et bien sûr que l’expérience compte.
Énormément.
Mais l’expérience devient encore plus précieuse lorsqu’on continue à la questionner.
Même après plusieurs années, tu peux encore te demander :
Est-ce que cette pratique correspond aux besoins des enfants que j’accompagne aujourd’hui ?
Parce qu’aucun groupe n’est exactement pareil.
Aucun enfant non plus.
Et toi-même, tu continues à évoluer.
C’est pour ça qu’à mes yeux, une éducatrice expérimentée n’est pas simplement celle qui a beaucoup d’années derrière elle.
C’est celle qui continue à être capable de dire :
« Je connais mon métier… mais je peux encore apprendre quelque chose de cette situation. »
Et c’est là que la confiance professionnelle grandit
On pense parfois que la confiance vient du fait de savoir exactement quoi faire dans toutes les situations.
Je ne crois pas.
Parce qu’en petite enfance, tu ne sauras jamais exactement ce qui va arriver.
Les enfants sont différents.
Les journées aussi.
Les réactions sont parfois imprévisibles.
La confiance professionnelle se construit aussi lorsque tu deviens capable de te dire :
« Je ne sais pas encore exactement quoi faire, mais je sais observer, réfléchir, essayer et ajuster. »
Et ça change énormément de choses.
Tu arrêtes progressivement de chercher constamment la validation :
« Est-ce que je fais ça correctement ? »
Et tu développes plutôt la capacité d’expliquer :
« Voilà ce que j’ai observé. Voilà pourquoi j’ai choisi cette intervention. Et voilà ce que j’ajusterai si nécessaire. »
C’est ça, développer son raisonnement professionnel.
Commence simplement cette semaine
Pas besoin d’attendre d’avoir acheté un beau cahier. 😉
Prends ce que tu as sous la main.
Et après une situation qui t’interpelle, écris simplement :
Aujourd’hui, j’ai observé…
Je me demande si…
La prochaine fois, je vais essayer…
Puis recommence quelques jours plus tard.
Et observe ce qui se passe lorsque tu prends l’habitude de ne plus simplement vivre ta pratique…
mais aussi de réfléchir à ta pratique.
Tu veux développer une pratique plus intentionnelle ?
C’est exactement ce que je t’aide à construire dans le Cycle de l’intervention éducative QUALITÉ.
Un programme en ligne que tu peux suivre à ton rythme pour développer ton raisonnement pédagogique, mieux comprendre tes interventions et ajuster ta pratique avec davantage de confiance.
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Parce que progresser professionnellement, ce n’est pas tout savoir.
C’est continuer à observer, réfléchir… et ajuster.
