Au-delà du jeu : Comment l'éducatrice éveille et guide l'apprentissage de l'enfant
On entend souvent que l’enfant apprend par le jeu.
Et c’est vrai.
Mais cette phrase peut parfois nous faire oublier quelque chose d’essentiel :
le jeu appartient à l’enfant, mais la qualité de ce qu’il peut y découvrir dépend aussi de la capacité de l’éducatrice à observer, intervenir avec intention et ajuster son soutien.
Parce que notre rôle ne consiste pas simplement à mettre du matériel à disposition et à laisser les enfants jouer.
Il ne consiste pas non plus à transformer chaque moment de jeu en activité dirigée.
Notre rôle se situe quelque part entre les deux.
Et c’est justement là que se trouve toute la richesse de l’intervention éducative.
Le jeu est bien plus qu’un moment pour « occuper » les enfants
Quand un enfant construit une tour, joue à la famille, transporte des objets d’un contenant à l’autre ou invente une histoire avec deux figurines…
il fait bien plus que jouer.
Il réfléchit.
Il expérimente.
Il communique.
Il résout des problèmes.
Il développe son imagination.
Il apprend à négocier avec les autres.
Il teste des hypothèses.
Il découvre progressivement ce dont il est capable.
Le jeu devient donc un contexte extrêmement riche pour le développement.
Mais ce qui m’intéresse particulièrement, c’est ce qui se passe autour de ce jeu.
Parce que l’environnement que nous créons, notre présence, nos paroles et nos décisions peuvent soit enrichir cette expérience…
soit parfois l’interrompre.
Et c’est là que notre posture professionnelle prend toute son importance.
Alors, quel est réellement le rôle de l’éducatrice pendant le jeu ?
Elle n’est pas là pour contrôler chaque apprentissage.
Elle n’est pas non plus une simple spectatrice.
Elle est plutôt une guide.
Une professionnelle capable de regarder ce que l’enfant est en train de vivre et de comprendre ce qui pourrait lui permettre d’aller un peu plus loin.
Parfois, sa présence sera très visible.
À d’autres moments, son intervention sera presque invisible.
Mais dans les deux cas, il y a une intention derrière ce qu’elle fait.
Et selon moi, c’est justement ce qui distingue une intervention improvisée d’une intervention éducative réfléchie.
Une intervention éducative exemplaire est d’abord intentionnelle
Ce n’est pas parce qu’une éducatrice parle beaucoup, pose beaucoup de questions ou anime énormément qu’elle intervient mieux.
Une intervention exemplaire n’est pas nécessairement spectaculaire.
Elle est surtout pertinente.
L’éducatrice comprend pourquoi elle intervient.
Elle sait ce qu’elle cherche à soutenir.
Elle tient compte de ce que l’enfant est déjà capable de faire.
Et elle reste attentive à l’effet de sa présence sur l’expérience de l’enfant.
Autrement dit, elle ne fait pas quelque chose simplement parce que :
« C’est ce qu’on fait habituellement. »
ou :
« Il faut que j’intervienne. »
Son intervention a une intention éducative.
Et cette intention change complètement la qualité de son accompagnement.
Soutenir ne veut pas dire prendre le contrôle
C’est probablement l’une des nuances les plus importantes de notre métier.
Nous voulons aider.
C’est naturel.
Mais aider ne signifie pas nécessairement faire à la place de l’enfant.
L’enfant a aussi besoin d’expérimenter.
De chercher.
De rencontrer de petites difficultés.
De se tromper.
De recommencer.
De trouver parfois une solution que nous n’aurions même pas imaginée.
Ces expériences participent directement au développement de son autonomie, de sa persévérance et de sa confiance.
L’intervention éducative doit donc soutenir ce processus plutôt que le remplacer.
L’objectif n’est pas que l’enfant réussisse le plus rapidement possible.
L’objectif est qu’il puisse construire quelque chose à travers l’expérience.
Et parfois, cela signifie accepter que son chemin soit moins direct que celui que nous aurions choisi pour lui.
Une intervention peut être directe… ou presque invisible
Quand on pense à l’intervention éducative, on imagine souvent une interaction entre l’adulte et l’enfant.
Une conversation.
Une question.
Une aide.
Une explication.
C’est ce qu’on pourrait appeler une intervention plus directe.
Mais une éducatrice intervient aussi de façon beaucoup plus discrète.
Dans la façon dont elle aménage l’espace.
Dans le matériel qu’elle rend disponible.
Dans les possibilités qu’elle crée.
Dans le temps qu’elle accorde au jeu.
Dans la liberté qu’elle laisse aux enfants de poursuivre une exploration.
Dans les expériences qu’elle rend possibles.
Ces interventions indirectes sont tout aussi importantes.
Parce que l’environnement lui-même influence énormément ce que l’enfant peut explorer, expérimenter et apprendre.
Une éducatrice peut donc avoir un impact considérable sur le jeu…
sans être constamment au centre du jeu.
Et c’est justement là que l’observation devient essentielle
Pour soutenir un enfant de manière pertinente, encore faut-il comprendre ce qu’il est en train de faire.
Deux enfants peuvent manipuler exactement le même matériel…
sans être en train d’explorer la même chose.
L’un cherche peut-être à comprendre comment équilibrer des objets.
L’autre imagine une histoire.
Un troisième reproduit ce qu’il a observé chez lui.
C’est pourquoi l’observation est tellement importante.
Elle permet à l’éducatrice de dépasser ce qu’elle voit en surface.
Elle commence à comprendre :
les intérêts,
les stratégies,
les compétences,
les difficultés,
les questions,
et les intentions de l’enfant.
Son intervention devient alors beaucoup plus personnalisée.
Elle ne répond plus simplement à une situation.
Elle répond à cet enfant, à ce moment précis de son développement.
La même intervention ne convient donc pas à tous les enfants
Et ça aussi, c’est essentiel.
La qualité éducative n’est pas synonyme d’uniformité.
Un enfant peut avoir besoin de beaucoup de soutien dans une situation.
Un autre, presque aucun.
Un enfant peut être prêt à relever un nouveau défi.
Un autre a peut-être encore besoin de consolider quelque chose.
Une intervention exemplaire est donc une intervention ajustée.
Elle tient compte :
du développement de l’enfant,
de ses compétences,
de ses intérêts,
de son niveau d’autonomie,
de son tempérament,
et du contexte dans lequel l’expérience se déroule.
C’est ce qui permet réellement de parler d’une pédagogie centrée sur l’enfant.
La qualité d’une intervention se mesure aussi à la place qu’elle laisse à l’enfant
C’est une idée que je trouve particulièrement importante.
Une intervention éducative de qualité ne se mesure pas seulement à ce que l’éducatrice fait.
Elle se mesure aussi à ce qu’elle permet à l’enfant de faire.
Est-ce qu’il peut réfléchir ?
Choisir ?
Essayer ?
Prendre une initiative ?
Exprimer une idée ?
Trouver une solution ?
Collaborer ?
Recommencer ?
Développer progressivement son autonomie ?
Parce qu’au bout du compte, l’objectif n’est pas que l’enfant devienne meilleur pour suivre les indications de l’adulte.
C’est qu’il devienne progressivement capable d’agir, de réfléchir et d’apprendre avec de plus en plus d’autonomie.
Et notre rôle est de soutenir cette progression.
Le jeu appartient à l’enfant
Je reviens volontairement à cette idée.
Parce que je crois qu’elle résume bien notre posture.
Le jeu appartient à l’enfant.
Ses idées.
Ses découvertes.
Ses essais.
Ses questions.
Ses erreurs.
Son imagination.
Mais cela ne rend pas le rôle de l’éducatrice moins important.
Au contraire.
Cela demande une expertise particulière.
Celle d’être suffisamment présente pour soutenir…
sans devenir le personnage principal.
De reconnaître les moments où notre intervention peut enrichir l’expérience…
et ceux où l’enfant a surtout besoin d’espace.
De comprendre que notre travail n’est pas de créer tous les apprentissages.
Mais de créer les conditions dans lesquelles ils peuvent se produire.
C’est ça, pour moi, une intervention éducative exemplaire
Ce n’est pas une technique parfaite.
Ce n’est pas une liste de phrases à utiliser avec les enfants.
Et ce n’est certainement pas intervenir le plus possible.
C’est une intervention :
observée,
intentionnelle,
ajustée,
respectueuse du rythme de l’enfant,
et suffisamment souple pour lui permettre de rester acteur de son expérience.
Parce que derrière chaque intervention, il devrait toujours y avoir cette réflexion :
« Est-ce que ma présence aide réellement cet enfant à aller plus loin ? »
Et c’est cette finesse-là qui transforme notre rôle.
Nous ne sommes plus simplement les adultes qui organisent les jeux et les activités.
Nous devenons des professionnelles capables de soutenir véritablement le développement et les apprentissages de chaque enfant.
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Parce que le jeu appartient à l’enfant.
Mais notre façon de l’accompagner peut faire toute la différence.
Parce que la qualité éducative ne s’improvise pas.
Elle se construit, une étape à la fois.
