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Intelligence émotionnelle en petite enfance : une compétence au service de la qualité éducative

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On parle beaucoup d’intelligence émotionnelle.

De notre capacité à reconnaître nos émotions, à les comprendre, à les exprimer et à mieux les réguler.

Mais en petite enfance, l’intelligence émotionnelle va bien au-delà du développement personnel ou du mieux-être.

C’est aussi une compétence professionnelle.

Parce que nos émotions influencent notre façon d’intervenir.

Notre patience.

Notre capacité à écouter.

La manière dont nous interprétons le comportement d’un enfant.

Notre façon de réagir lorsqu’une situation devient difficile.

Et finalement, elles influencent directement la qualité des interactions que nous avons avec les enfants.

Alors avant de chercher à apprendre aux enfants à reconnaître et à gérer leurs émotions, il y a peut-être une première question à nous poser :

Et nous, adultes, quelle place donnons-nous à nos propres émotions dans notre pratique ?

L’intelligence émotionnelle, c’est quoi exactement ?

L’intelligence émotionnelle peut être comprise comme notre capacité à :

  • reconnaître ce que nous ressentons ;

  • comprendre ce qui déclenche certaines émotions ;

  • exprimer nos émotions de manière appropriée ;

  • réguler nos réactions ;

  • reconnaître et comprendre les émotions des autres.

Et contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce n’est pas quelque chose que l’on « possède » ou non.

C’est une compétence qui se développe.

Avec de la conscience.

De l’observation.

De la pratique.

Et beaucoup d’ajustements.

Un peu comme toutes les compétences professionnelles, finalement.

5 compétences à développer

Pour mieux comprendre l’intelligence émotionnelle, on peut la décomposer en cinq grandes capacités.

1. Identifier ses émotions

Avant de pouvoir gérer une émotion, encore faut-il être capable de reconnaître qu’elle est là.

Je suis frustrée.

Je commence à perdre patience.

Cette situation me rend anxieuse.

Je suis dépassée.

Je me sens sur la défensive.

Mettre un mot sur ce que nous ressentons crée déjà une petite distance entre l’émotion et notre réaction.

Et cette distance peut faire toute la différence dans une intervention.

2. Comprendre ses émotions

Une émotion n’arrive pas toujours de nulle part.

Pourquoi cette situation m’irrite-t-elle autant ?

Pourquoi ce comportement particulier me fait-il réagir ?

Pourquoi cette conversation avec ce parent m’a-t-elle mise sur la défensive ?

Pourquoi est-ce que je me sens complètement dépassée aujourd’hui alors qu’hier, la même situation me semblait gérable ?

Comprendre ce qui se passe en nous permet de mieux distinguer ce qui appartient à la situation… et ce qui nous appartient à nous.

3. Utiliser ses émotions comme information

Nos émotions peuvent aussi nous donner des informations.

Une frustration répétée peut nous indiquer qu’une situation doit être ajustée.

Une sensation de surcharge peut être un signal que nos limites sont dépassées.

Un inconfort peut nous inviter à regarder une situation autrement.

L’objectif n’est donc pas de faire disparaître nos émotions.

C’est d’apprendre à les écouter sans leur laisser automatiquement décider de notre réaction.

4. Exprimer ses émotions

Être une professionnelle ne signifie pas devenir complètement neutre.

On peut exprimer une émotion sans la déposer sur l’enfant ou sur les autres.

Dire :

« Je sens que je commence à être impatiente, je vais prendre un instant. »

est très différent de laisser cette impatience guider notre intervention.

Cette capacité est aussi importante dans les relations avec les collègues, les familles et notre direction.

5. Réguler ses émotions

Et puis il y a cette fameuse régulation émotionnelle.

Ce n’est pas « ne plus ressentir ».

Ce n’est pas non plus rester calme en permanence.

C’est notre capacité à remarquer ce qui se passe en nous et à retrouver suffisamment de disponibilité pour choisir notre réponse plutôt que simplement réagir.

Et en petite enfance, cette compétence est particulièrement importante.

L’intelligence émotionnelle est aussi une question de qualité éducative

Quand on parle de qualité éducative, on pense facilement à la programmation.

À l’aménagement des espaces.

Aux activités proposées.

À l’observation.

À la documentation.

À la planification.

Toutes ces dimensions comptent.

Mais la qualité éducative se construit aussi dans des centaines de petites interactions quotidiennes entre l’adulte et l’enfant.

Et dans ces interactions, notre état émotionnel compte.

Imagine une éducatrice qui accompagne un enfant qui refuse de ranger.

Elle lui a demandé une fois.

Deux fois.

Trois fois.

Le reste du groupe commence à s’agiter.

Un autre enfant l’appelle.

La transition prend du retard.

Et elle sent l’impatience monter.

L’intelligence émotionnelle ne va pas faire disparaître cette impatience.

Mais elle peut lui permettre de la reconnaître :

« Là, je commence à perdre patience. »

Et à partir de là, elle peut choisir ce qu’elle en fait.

Réagir immédiatement ?

Hausser le ton ?

Interpréter le comportement de l’enfant comme de l’opposition ?

Ou ralentir suffisamment pour observer ce qui est réellement en train de se passer ?

C’est là que l’intelligence émotionnelle devient une compétence pédagogique.

Parce qu’elle influence notre capacité à :

  • accueillir les émotions de l’enfant ;

  • interpréter ses comportements avec davantage de recul ;

  • rester disponible dans les moments difficiles ;

  • accompagner les conflits ;

  • ajuster nos interventions ;

  • préserver une relation sécurisante ;

  • communiquer avec les familles ;

  • collaborer avec nos collègues.

La qualité éducative se joue aussi dans notre capacité à rester disponible émotionnellement lorsque la situation devient difficile.

Avant la régulation de l’enfant, il y a souvent la co-régulation

On demande beaucoup aux jeunes enfants.

Utilise tes mots.

Calme-toi.

Respire.

Dis-moi ce que tu ressens.

Mais un jeune enfant est encore en train de développer ces capacités.

Il ne peut pas toujours se calmer simplement parce qu’un adulte lui demande de le faire.

Il a souvent besoin de notre présence.

De notre voix.

De nos mots.

De notre stabilité.

Autrement dit : il a besoin de co-régulation.

Et pour accompagner un enfant dans cette régulation, nous devons nous-mêmes avoir suffisamment de disponibilité émotionnelle.

C’est difficile d’aider un enfant à retrouver son calme lorsque notre propre système est complètement débordé.

Ça ne signifie pas qu’une bonne éducatrice doit toujours être parfaitement calme.

Ça signifie plutôt qu’elle développe progressivement la capacité de prendre conscience de son propre état et de s’ajuster.

Comment accompagner l’intelligence émotionnelle chez les enfants ?

On n’enseigne pas l’intelligence émotionnelle uniquement avec une activité sur les émotions ou des petites cartes représentant différents visages.

Elle se construit surtout dans le quotidien.

Mettre des mots sur ce que l’enfant semble vivre

« Tu voulais vraiment continuer à jouer et c’est difficile d’arrêter. »

« Tu sembles déçue qu’elle ait pris le jouet. »

On aide ainsi progressivement l’enfant à faire des liens entre ce qu’il ressent et ce qu’il vit.

Accueillir l’émotion sans nécessairement accepter tous les comportements

Un enfant peut être très en colère.

Son émotion est légitime.

Ça ne signifie pas qu’il peut frapper.

On peut donc à la fois accueillir :

« Je vois que tu es vraiment fâché. »

et poser une limite :

« Je ne te laisserai pas frapper. »

Modéliser

Les enfants nous observent énormément.

Ils apprennent aussi en regardant ce que nous faisons lorsque nous sommes frustrées, déçues ou dépassées.

Dire :

« Oups, ça ne fonctionne pas comme je voulais. Je vais essayer autrement. »

est déjà une forme de modélisation.

Accompagner progressivement la régulation

Respirer.

Demander de l’aide.

S’éloigner un instant.

Chercher un endroit plus calme.

Mettre des mots.

Trouver une solution.

Ces stratégies se construisent progressivement et doivent évidemment être adaptées à l’âge et aux capacités de chaque enfant.

Et notre propre mieux-être dans tout ça ?

Il y a évidemment aussi un lien avec notre bien-être professionnel.

Parce que passer une journée entière à réagir à tout ce qui se produit autour de nous est épuisant.

Développer davantage de conscience émotionnelle peut nous aider à remarquer plus rapidement :

« Cette situation me demande énormément d’énergie. »

« Je suis beaucoup moins patiente aujourd’hui. »

« J’ai besoin de poser une limite. »

« Ce problème ne m’appartient peut-être pas entièrement. »

« J’ai besoin de demander du soutien. »

Le but n’est pas de devenir invulnérable au stress.

C’est plutôt de développer une meilleure capacité à reconnaître ce qui se passe en nous avant d’arriver au point où tout déborde.

Une compétence qui se développe dans la pratique

Comme beaucoup de compétences professionnelles, l’intelligence émotionnelle ne se développe pas simplement parce qu’on a lu un article sur le sujet.

Elle se développe lorsqu’on commence à observer ce qui se passe réellement dans notre quotidien.

La prochaine fois qu’une situation te fait réagir fortement, essaie simplement de te poser trois questions :

Qu’est-ce que je ressens en ce moment ?

Qu’est-ce qui vient de déclencher cette émotion ?

Quelle réponse ai-je envie de choisir ?

Pas besoin d’être parfaite.

L’objectif est simplement de créer progressivement un peu plus d’espace entre ce que tu ressens et ce que tu fais ensuite.

Parce que cet espace-là peut changer énormément de choses.

Dans ton bien-être.

Dans tes relations.

Dans ta posture professionnelle.

Et surtout, dans la qualité de ta présence auprès des enfants.

La qualité commence aussi par l’adulte

Nous voulons aider les enfants à développer leur capacité à reconnaître leurs émotions.

À les exprimer.

À traverser une frustration.

À vivre avec les autres.

À résoudre leurs conflits.

À retrouver progressivement leur équilibre.

Mais nous sommes aussi leurs modèles et leurs partenaires dans cet apprentissage.

Alors peut-être que la première étape n’est pas toujours de demander :

« Comment puis-je développer l’intelligence émotionnelle des enfants ? »

Mais plutôt :

« Comment est-ce que moi, comme professionnelle, je peux continuer à développer la mienne ? »

Parce que notre posture fait partie de l’environnement éducatif que nous leur offrons.

Et que la qualité éducative ne se retrouve pas seulement dans ce que nous planifions.

Elle se vit dans la façon dont nous sommes présentes, particulièrement lorsque les choses deviennent difficiles.

Envie d’aller plus loin ?

Je t’invite à relever le Défi 5 jours pour l’intelligence émotionnelle.

Pendant cinq jours, tu pourras porter un regard plus attentif sur tes émotions, tes réactions et tes interactions afin de développer cette compétence dans ton quotidien professionnel.

L’objectif n’est pas de devenir parfaitement zen.

C’est de mieux comprendre ce qui se passe en toi pour pouvoir intervenir avec davantage d’intention auprès des enfants, des familles et de ton équipe.

👉 Relève le défi 5 jours pour l’intelligence émotionnelle