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Activités dirigées ou ateliers ? Faire vivre la pédagogie active au quotidien en petite enfance

coaching développement professionnel leadership pédagogique

Une activité parfaitement préparée.
Un objectif clair.
Du matériel attrayant.

Et pourtant…

Des enfants assis qui attendent.
De l’agitation.
Des rappels à l’ordre.
Une éducatrice qui se demande ce qui n’a pas fonctionné.

Ce n’est pas un problème d’enfants.
Ce n’est pas un manque de compétences.
C’est très souvent un problème d’organisation pédagogique.

La pédagogie active est partout dans les discours en petite enfance.
Mais sur le terrain, elle reste souvent mal comprise, mal appliquée… ou perçue comme irréaliste.

Comment rendre les enfants vraiment acteurs de leurs apprentissages ?
Comment réduire l’agitation pendant les activités dirigées ?
Comment concilier cadre, apprentissages et plaisir ?

La réponse ne se trouve pas dans une méthode miracle.
Elle se trouve dans des choix pédagogiques concrets, notamment dans la manière dont on organise l’animation :
ateliers ou activités dirigées.

La pédagogie active commence par une question clé

Avant de proposer quoi que ce soit, l’adulte devrait toujours se demander :

Qu’est-ce que l’enfant va faire concrètement pendant ce temps d'apprentissage ?

La pédagogie active ne consiste pas à laisser faire.
Elle consiste à organiser des situations où l’enfant agit, explore, manipule, choisit et réfléchit.

Et pour cela, le format choisi est déterminant.

Quand animer = proposer des ATELIERS

Le cœur de la pédagogie active

Les ateliers sont l’un des leviers les plus puissants pour faire vivre la pédagogie active au quotidien.

Les ateliers sont particulièrement adaptés quand :

  • le groupe est nombreux

  • les enfants ont besoin de bouger, manipuler, choisir

  • on veut réduire l’attente

Leur objectif principal :

  • engagement

  • autonomie

  • apprentissage actif

Pourquoi les ateliers favorisent-ils la pédagogie active ?

Parce qu’ils permettent à l’enfant de :

  • manipuler plutôt que rester assis à écouter ou regarder

  • tester et recommencer à son rythme

  • faire des choix

L’enfant apprend en faisant.

La posture de l’adulte en pédagogie active

Dans une pédagogie active, l’adulte :

  • prépare le cadre
  • choisit le matériel avec intention
  • observe avant d’intervenir
  • ajuste l’environnement

Il organise l’expérience, il ne la monopolise pas.

Quand animer = proposer des ACTIVITÉS DIRIGÉES

Un outil au service de l’action

Contrairement à une idée reçue, la pédagogie active n’exclut pas les activités dirigées.

Les activités dirigées sont pertinentes quand :

  • on introduit un nouveau matériel

  • on explique une règle ou une technique

  • le nombre d’enfants est réduit

  • le temps est court et ciblé

Leur rôle en pédagogie active

L’activité dirigée sert à :

  • montrer
  • sécuriser
  • poser un cadre

Elle prépare l’autonomie, mais ne la remplace pas.

Le bon équilibre : expliquer pour mieux laisser faire

Sur le terrain, la séquence la plus efficace est souvent :

1️⃣ Une activité dirigée courte
→ pour expliquer, montrer, sécuriser

2️⃣ Des ateliers
→ pour explorer, manipuler, apprendre activement

💬 Phrase clé :

« J’explique pour que l’enfant puisse faire seul ensuite. »

C’est là que la pédagogie active prend tout son sens.


Tableau récapitulatif simple

 

ATELIERS

ACTIVITÉS DIRIGÉES

Quand ?

Groupe nombreux

Groupe réduit

Objectif

Autonomie, engagement

Apprentissage précis

Organisation

Plusieurs espaces

Un seul groupe

Rôle de l'adulte

Observer, soutenir

Guider, montrer

Effet

Moins d’attente

Sécuriser

 


 Exemple concret : quand une « belle activité » devient contre-productive

Cette situation est très fréquente.

Une éducatrice planifie une activité éducative de grande qualité.
Objectif clair, matériel attrayant, intention éducative pertinente.

Mais l’activité est proposée :

  • à tout le groupe,
  • un enfant à la fois,
  • pendant que les autres attendent, assis.

Pendant ce temps, les enfants : 

  • se déconcentrent,
  • bougent,
  • parlent,
  • perdent l’intérêt.

Ce n’est pas un problème de comportement.
C’est un problème d’organisation pédagogique.

Pour de jeunes enfants, attendre trop longtemps, c’est se désengager.

La même activité, organisée autrement

La pédagogie active ne demande pas d’abandonner l’activité.
Elle demande de repenser le dispositif.

Organisation en ateliers

Le groupe est divisé en trois petits groupes.

🔹 Atelier 1 – Activité dirigée avec l’éducatrice

  • accompagnement de qualité

  • interactions riches

🔹 Atelier 2 – Atelier autonome

  • matériel prêt
  • consignes simples
  • manipulation et exploration

🔹 Atelier 3 – Atelier autonome

  • autre atelier ou jeu libre (construction, dessin, puzzle…)

Fonctionnement

1️⃣ L’éducatrice accompagne le groupe 1
2️⃣ Les autres groupes sont engagés
3️⃣ On tourne
4️⃣ Chaque groupe passe par chaque proposition

Tous les enfants participent.
Personne n’attend inutilement.

La pédagogie active n’a pas changé l’activité.
Elle a changé l’organisation.

Est-ce que ça demande plus de travail à l’éducatrice ?

La réponse honnête est : parfois oui, au début.
Mais beaucoup moins sur la durée.

Mettre en place des ateliers demande :

  • un temps de réflexion en amont,
  • une autre manière de planifier,
  • une vision plus globale.

Mais ce travail n’est ni quotidien, ni à refaire sans cesse.

Le vrai levier : une banque d’activités partagée

Quand une équipe dispose d’une banque d’activités organisée par thème, tout devient plus simple.

Dans un projet éducatif bien structuré :

  • plusieurs activités sont planifiées autour d’un même thème

  • avec des objectifs différents

  • couvrant tous les domaines du développement global

 Exemple

Autour d’un même thème :

  • une activité langagière
  • une activité mathématique
  • une activité artistique
  • une activité motrice

Il devient alors très facile de :

  • sélectionner 2 ou 3 activités,
  • mettre en place des ateliers rapidement,
  • sans tout recréer.

Un atelier n’est pas toujours une activité complexe

Autre croyance limitante :

« Un atelier doit être très élaboré pour être valable. »

En réalité, un atelier peut être simplement :

  • un puzzle
  • des blocs Lego ou Kapla
  • un jeu de société
  • un coin dessin ou coloriage
  • des figurines pour le jeu symbolique

Parfois, l’objectif est simplement de :

  • faire patienter intelligemment,
  • maintenir l’engagement,
  • éviter l’attente passive.

Et c’est déjà éducatif.

Mini-checklist terrain : activité active ou pas ?

Avant de lancer une activité, demande-toi :

  • Combien d’enfants participent en même temps ?

  • Combien attendent ?

  • L’enfant peut-il manipuler sans l’adulte ?

  • Le matériel invite-t-il à l’action ?

  • L’adulte explique-t-il pour ensuite se retirer ?

Si plusieurs réponses te gênent…
Ce n’est pas l’activité qu’il faut changer, c’est l’organisation.

Ce que la pédagogie active change vraiment

Elle ne demande pas à l’éducatrice :
❌ de faire plus
❌ d’animer en continu
❌ d’inventer sans cesse

Elle lui demande de :
✔️ mieux organiser
✔️ mieux choisir
✔️ mieux utiliser l’existant

Résultat :

  • moins de tension,
  • plus de fluidité,
  • un climat plus serein.

Le rôle des directrices : accompagner, pas imposer

Mettre en place une pédagogie active ne se décrète pas.

Le rôle de la direction est de :

  • clarifier les intentions éducatives,
  • accompagner l’observation,
  • poser les bonnes questions.

Questions puissantes à poser à l’équipe :

  • Qu’est-ce que l’enfant fait concrètement ici ?
  • Le matériel invite-t-il à l’action ?
  • Y a-t-il de l’attente inutile ?
  • L’enfant peut-il « faire » sans l’adulte ?

On n’évalue pas les personnes.
On observe le dispositif pédagogique.

En conclusion

Ateliers et activités dirigées ne s’opposent pas.
Ils sont complémentaires, au service d’une même intention :  permettre à l’enfant d’apprendre en étant acteur.

La pédagogie active ne se décrète pas.
Elle s’organise.

Et quand elle est bien pensée :

  • les enfants sont plus engagés,
  • les adultes sont moins épuisées,
  • le quotidien retrouve du sens.

C’est cette pédagogie active réaliste, faisable et soutenable que je développe dans l’Académie des SAVOIRS.

Pas pour faire plus.
Mais pour mieux organiser ce qui existe déjà,
retrouver de la fluidité,
et accompagner les équipes dans la durée.

Parce qu’on ne transforme pas les pratiques seule.
Et parce qu’une pédagogie active bien organisée bénéficie autant aux enfants qu’aux professionnelles qui les accompagnent.