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Pédagogie par le jeu au préscolaire : pourquoi jouer, c’est apprendre

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Quand on regarde un jeune enfant jouer, on peut facilement avoir l’impression qu’il est simplement en train de passer un bon moment.

Il construit une tour.

Il transforme une boîte en bateau.

Il joue au restaurant avec trois autres enfants.

Il remplit un contenant d’eau, le vide… puis recommence quinze fois. 😅

Et pourtant, derrière toutes ces expériences, il se passe énormément de choses.

Pour un jeune enfant, jouer n’est pas une pause entre deux apprentissages. Le jeu est l’une de ses principales façons d’apprendre.

C’est d’ailleurs l’un des principes qui a profondément marqué ma pratique dans l’approche canadienne de la petite enfance dans laquelle j’ai été formée.

L’enfant apprend en étant actif.

En explorant.

En manipulant.

En interagissant.

En essayant.

En se trompant.

En recommençant.

Et surtout, en donnant du sens à ce qu’il vit.

Le jeune enfant est naturellement un explorateur

Les enfants n’attendent pas qu’on leur donne un cours pour commencer à apprendre.

Ils observent leur environnement.

Ils touchent.

Ils testent.

Ils posent des questions.

Ils essaient de comprendre ce qui se passe lorsqu’ils font tomber un objet, mélangent deux matières ou construisent quelque chose qui finit par s’écrouler.

Le jeu leur donne justement l’espace nécessaire pour vivre ces expériences.

Et derrière ce qui ressemble parfois à quelque chose de très simple se construit progressivement une compréhension du monde.

L’enfant n’apprend pas uniquement parce qu’un adulte lui explique quelque chose.

Il apprend aussi parce qu’il a eu la possibilité de le découvrir par lui-même.

Jouer, c’est aussi apprendre avec son corps

Chez le jeune enfant, apprendre ne se passe pas uniquement « dans la tête ».

Il a besoin de bouger.

Manipuler.

Toucher.

Transporter.

Construire.

Courir.

Verser.

Découper.

Dessiner.

Toutes ces expériences contribuent à son développement moteur et sensoriel.

Et c’est justement pour cela que le jeu occupe une place aussi importante au préscolaire.

L’enfant découvre le monde avec tout son corps.

Le jeu est aussi profondément social

Regarde simplement deux enfants essayer de jouer avec le même camion. 😉

Il y a énormément d’apprentissage là-dedans.

Ils doivent communiquer.

Négocier.

Attendre.

Exprimer ce qu’ils veulent.

Comprendre ce que l’autre veut.

Trouver parfois une solution.

Et recommencer lorsqu’une première stratégie ne fonctionne pas.

Le jeu avec les autres devient donc un véritable laboratoire social.

Les enfants développent progressivement leur capacité à entrer en relation, à collaborer et à trouver leur place dans un groupe.

Et ces apprentissages-là sont tout aussi importants que ceux que nous pouvons mesurer sur une fiche.

Le jeu développe aussi la capacité à résoudre des problèmes

Une tour tombe.

Que faire ?

On recommence exactement de la même manière ?

On change les blocs ?

On élargit la base ?

On demande l’aide d’un autre enfant ?

Ces petits problèmes apparaissent constamment dans le jeu.

Et chaque fois, l’enfant expérimente.

Il fait une hypothèse.

Il observe ce qui se passe.

Il ajuste.

C’est déjà une forme de pensée scientifique.

Même chose lorsqu’il trie, compare, construit, invente ou transforme.

Le jeu crée naturellement des situations où l’enfant doit réfléchir plutôt que simplement reproduire une réponse donnée par l’adulte.

Le jeu laisse une place immense à la créativité

Une boîte en carton n’est jamais seulement une boîte en carton pour un enfant.

Aujourd’hui, c’est une maison.

Demain, une voiture.

Puis un bateau.

Puis probablement quelque chose que personne d’autre que lui ne comprend. 😅

Et c’est justement ça qui est intéressant.

Dans le jeu, il peut imaginer.

Créer.

Transformer.

Inventer des scénarios.

Tester des idées.

Il n’y a pas toujours une seule bonne réponse.

Et cette liberté nourrit quelque chose que je trouve essentiel en éducation :

la capacité à penser autrement.

Mais surtout, le jeu protège l’envie d’apprendre

Les jeunes enfants sont naturellement curieux.

Ils veulent savoir.

Ils veulent essayer.

Ils veulent comprendre.

Et le jeu permet de conserver cette relation positive avec l’apprentissage.

L’enfant n’est pas uniquement motivé parce qu’on lui demande d’accomplir quelque chose.

Il est motivé parce qu’il a envie de savoir ce qui va se passer.

Et cette différence est énorme.

Personnellement, je trouve beaucoup plus intéressant de voir un enfant profondément absorbé dans une expérience qu’il cherche à comprendre que de le voir simplement produire la bonne réponse parce qu’un adulte la lui a enseignée.

La curiosité est une force extraordinaire.

Notre travail devrait aussi consister à la préserver.

Alors, faut-il éviter tous les apprentissages académiques ?

Non.

Et c’est une nuance importante.

La pédagogie par le jeu ne signifie pas qu’on interdit les lettres, les chiffres ou les premiers apprentissages liés à la littératie et aux mathématiques.

Si un enfant s’intéresse à son prénom, bien sûr qu’on peut nourrir cet intérêt.

S’il veut compter les voitures avec lesquelles il joue, on compte.

S’il veut savoir ce qui est écrit sur une affiche, on lui répond.

Ce que je questionne davantage, c’est notre empressement à transformer le préscolaire en école primaire avant l’heure.

Un enfant n’a pas besoin de choisir entre jouer ou apprendre.

Il peut apprendre énormément parce qu’il joue.

Et lorsque les apprentissages académiques apparaissent dans des situations qui ont du sens pour lui, ils peuvent justement devenir beaucoup plus riches.

La précocité académique n’est pas nécessairement synonyme de qualité

C’est une idée que je défends beaucoup.

Un enfant qui sait lire plus tôt n’est pas automatiquement la preuve d’un meilleur programme préscolaire.

La petite enfance doit regarder l’enfant dans sa globalité.

Sa confiance.

Son autonomie.

Ses relations.

Sa capacité à communiquer.

Sa curiosité.

Sa persévérance.

Son plaisir d’apprendre.

Tout cela compte.

Et lorsque nous remplissons tellement l’horaire d’activités académiques dirigées qu’il ne reste presque plus de temps pour jouer, explorer et prendre des initiatives…

nous pouvons perdre une partie de ce qui rend justement l’apprentissage du jeune enfant si puissant.

Mais pédagogie par le jeu ne veut pas dire « laisser jouer »

Et voilà probablement le point le plus important pour les professionnelles.

Parce qu’on pourrait lire tout cela et conclure :

« Très bien. Je mets du matériel dans la classe et je laisse les enfants tranquilles. »

Pas exactement. 😉

Une véritable pédagogie par le jeu demande une professionnelle compétente.

Une éducatrice capable de comprendre ce qu’elle observe.

De reconnaître les apprentissages qui sont en train de se construire.

De savoir quand enrichir une expérience.

Quand poser une question.

Quand offrir du soutien.

Et parfois…

quand ne rien faire du tout.

Le jeu appartient à l’enfant. Mais l’adulte a un rôle essentiel dans la qualité de l’expérience qu’il peut y vivre.

Et c’est justement là que notre posture professionnelle devient particulièrement intéressante.

Ce n’est donc pas « jeu ou apprentissage »

C’est probablement la fausse opposition que j’aimerais qu’on abandonne.

« Est-ce qu’on les laisse jouer ou est-ce qu’on leur apprend quelque chose ? »

Les deux ne sont pas opposés.

Au préscolaire, le jeu peut justement devenir l’un des contextes les plus puissants pour apprendre.

La vraie question est plutôt :

Comment utiliser le jeu pour soutenir le développement et les apprentissages sans prendre le contrôle de l’expérience de l’enfant ?

Et c’est là qu’on passe de simplement laisser jouer à réellement comprendre la pédagogie par le jeu.

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Et si tu accompagnes une équipe, elle peut aussi devenir un excellent point de départ pour ouvrir des conversations pédagogiques avec tes éducatrices.

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Parce que reconnaître que l’enfant apprend en jouant est une première étape.

Savoir comment l’accompagner sans prendre sa place, c’est là que commence réellement notre expertise professionnelle.